Assurabilité des risques : le rôle de France Assureurs
Dernière mise à jour : 29 août
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Assurabilité des risques : comment France Assureurs prépare l’assurance de demain
L’assurabilité des risques est devenue l’un des grands sujets du secteur de l’assurance. Changement climatique, catastrophes naturelles, cyber-risques, intelligence artificielle, inflation des sinistres : le modèle assurantiel français est confronté à des transformations profondes.
Mais derrière les débats parfois anxiogènes sur les risques “inassurables”, une question mérite d’être posée : parle-t-on vraiment du bon problème ?
Dans cet épisode d’Assurance en coulisses, Paul Esmein, directeur général de France Assureurs, ouvre les portes d’une fédération souvent méconnue du grand public, mais centrale dans le fonctionnement du secteur.
Son message est clair : l’assurance doit continuer à s’adapter, mais elle ne pourra pas répondre seule aux grands défis systémiques.
Résumé de l'épisode
Dans cet échange, Antoine Gandois reçoit Paul Esmein, directeur général de France Assureurs. Ancien commissaire contrôleur des assurances, passé par la Direction générale du Trésor puis par le groupe Covéa, Paul Esmein partage une vision à la fois institutionnelle, opérationnelle et humaine du secteur.
L’épisode explore le rôle concret de France Assureurs, les enjeux liés à l’assurabilité, le changement climatique, le régime des catastrophes naturelles, la prévention, l’assurance vie, l’intelligence artificielle et la relation de confiance entre assureurs et assurés.
L’intérêt de cet épisode tient à sa capacité à remettre de la nuance dans un débat souvent dominé par les inquiétudes : non, tous les problèmes ne sont pas d’abord des problèmes d’assurance.
France Assureurs : un acteur central
Quand on parle d’assurance, on pense souvent aux contrats, aux primes ou aux sinistres. Beaucoup moins aux fédérations professionnelles. Pourtant, France Assureurs joue un rôle structurant dans l’écosystème.
Paul Esmein décrit son quotidien comme celui d’un dirigeant de fédération professionnelle. Cela implique un travail de représentation, de défense des intérêts de la profession, de dialogue avec les pouvoirs publics, les parlementaires, mais aussi les institutions européennes. Une partie importante de la réglementation assurantielle étant élaborée au niveau européen, Bruxelles occupe une place croissante dans les échanges du secteur.
Mais le rôle de France Assureurs ne se limite pas aux affaires publiques. La fédération intervient aussi sur le dialogue social de branche, la communication, la production d’expertise et l’objectivation du débat public.
Paul Esmein insiste sur un point souvent oublié : l’assurance est un métier pluriel.
L’assurance vie, l’assurance santé, les grands risques, l’assurance automobile ou les risques climatiques ne répondent pas aux mêmes logiques. Pour faire avancer les débats, France Assureurs s’appuie donc sur des équipes expertes par branche, mais aussi sur une importante capacité statistique.
À retenir : France Assureurs n’est pas seulement une structure de représentation. C’est aussi un lieu d’expertise, de coordination et de production de données pour éclairer les débats du secteur.
Pourquoi l’assurance est un pilier économique invisible ?
L’épisode commence avec un chiffre fort : en 2024, les assureurs ont géré 13 millions de sinistres, soit un sinistre toutes les deux secondes. Ce chiffre rappelle à quel point l’assurance est présente dans la vie quotidienne des Français, même lorsqu’elle reste invisible.
L’assurance protège les logements, les entreprises, les véhicules, les événements, les infrastructures, les personnes et les patrimoines. Elle ne se résume donc pas à une relation commerciale entre un assureur et un assuré. Elle constitue un mécanisme de résilience collective.
C’est précisément ce paradoxe qui traverse l’épisode : l’assurance est partout, mais elle reste mal comprise. Elle est critiquée lorsqu’elle ne répond pas comme attendu, mais rarement valorisée lorsqu’elle permet à la société de fonctionner.
Paul Esmein rappelle d’ailleurs que les assureurs ne veulent pas être seulement des vendeurs de contrats. Ils ont vocation à accompagner les assurés dans la durée, en tant que partenaires de confiance. Il évoque aussi l’ensemble de l’écosystème de l’assurance, qui représente près de 300 000 personnes en France en incluant notamment les distributeurs et les experts.
Assurabilité des risques : un débat souvent mal posé
L’un des passages les plus importants de l’épisode concerne l’assurabilité des risques. Le terme revient de plus en plus souvent dans le débat public. On parle de crise de l’assurance, de risques inassurables, de secteurs qui ne trouveraient plus de couverture, d’entreprises ou de collectivités en difficulté.
Pour Paul Esmein, il faut regarder ces sujets avec sérieux, mais aussi avec méthode.
Il ne nie pas l’existence de difficultés. Certaines filières, certains risques ou certains territoires peuvent effectivement rencontrer des tensions assurantielles. Il cite notamment des discussions autour de la filière bois ou des panneaux photovoltaïques. Mais il met en garde contre les généralisations excessives.
Selon lui, il existe parfois un décalage entre l’expression médiatique d’un problème et sa réalité statistique. Avant de conclure à une crise systémique de l’assurabilité, il faut donc mesurer, objectiver et comprendre l’ampleur réelle du phénomène.
Sa formule résume bien l’enjeu :
“Parfois, on se trompe de problème.”
Autrement dit, certains sujets présentés comme des problèmes d’assurance sont parfois d’abord des problèmes de prévention, d’aménagement du territoire, de sécurité, de normes techniques ou de politiques publiques.
Exemple : les émeutes en Nouvelle-Calédonie
Paul Esmein donne un exemple particulièrement parlant : les émeutes en Nouvelle-Calédonie. Il rappelle qu’en 2024, elles ont représenté près d’un milliard d’euros de sinistralité pour les assurances, alors que l’ensemble des primes annuelles en Nouvelle-Calédonie toutes branches confondues représenterait environ 150 millions d’euros.
La question devient alors : s’agit-il d’abord d’un problème d’assurabilité ou d’un problème de maintien de l’ordre ?
Pour Paul Esmein, si l’on ne s’attaque pas aux causes profondes, on risque de demander à l’assurance de compenser des déséquilibres qu’elle ne peut pas absorber seule.
Changement climatique : le grand test du modèle assurantiel français
Le changement climatique occupe une place centrale dans l’épisode.
Il transforme la fréquence, l’intensité et la localisation de certains risques. Inondations, sécheresses, tempêtes, retrait-gonflement des argiles : les événements climatiques questionnent directement la capacité du modèle assurantiel à rester durable.
Paul Esmein ne minimise pas l’ampleur du défi. Mais il rappelle que la France part d’une situation très favorable en matière de couverture. Sur le risque habitation, il souligne que quasiment toute la population est couverte, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays européens. Il évoque certains pays développés où les taux de couverture peuvent être de l’ordre de 30 à 50 %.
La France bénéficie également d’un régime spécifique : le régime des catastrophes naturelles, souvent appelé régime Cat Nat.
Le régime Cat Nat : un “trésor national” à préserver
Pour Paul Esmein, le régime des catastrophes naturelles est un véritable “trésor national”. Il permet de couvrir certains périls comme les inondations ou la sécheresse, dans un cadre relativement protecteur pour les assurés. Peu de pays disposent d’un dispositif comparable.
Ce régime n’est toutefois pas un acquis éternel. La montée des risques climatiques impose de le préserver, de l’adapter et de renforcer les politiques de prévention.
L’enjeu n’est pas seulement de savoir si l’assurance pourra payer demain. Il est aussi de savoir si la société prendra les bonnes décisions aujourd’hui pour limiter la vulnérabilité des biens et des territoires.
Paul Esmein insiste sur la complémentarité des responsabilités : les assureurs ont un rôle à jouer, mais les pouvoirs publics, les élus locaux, les entreprises et les particuliers aussi.
Cela concerne notamment :
l’aménagement du territoire ;
l’entretien des digues ;
les décisions sur les zones habitables ou non ;
les mesures d’adaptation des bâtiments ;
la diffusion d’une culture du risque.
Prévention : passer d’une logique d’indemnisation à une culture du risque
La prévention est l’un des fils rouges de l’épisode.
Pour Paul Esmein, elle a toujours été au centre de l’assurance. Un risque mieux prévenu est un risque mieux maîtrisé. Il peut aussi contribuer à réduire la sinistralité et donc, à long terme, à préserver l’équilibre économique du système.
Mais la prévention n’a pas la même réalité selon que l’on parle d’une entreprise ou d’un particulier.
Dans les entreprises, surtout les plus grandes, la culture du risque est souvent plus développée. Les assureurs et les entreprises peuvent dialoguer sur les conditions de couverture, les mesures de protection, les pratiques de gestion des risques.
Pour les particuliers, la situation est plus complexe. Adapter son logement au changement climatique peut coûter cher. Tout le monde n’a pas les moyens d’engager des travaux contre les inondations, la sécheresse ou d’autres aléas climatiques.
Paul Esmein évoque notamment l’importance de dispositifs de soutien comme le fonds Barnier pour accompagner les particuliers dans les travaux de réduction de vulnérabilité.
La prévention suppose aussi une acculturation. Les Français ont davantage conscience des risques climatiques qu’on ne le pense, notamment grâce aux images d’inondations ou de catastrophes diffusées dans les médias.
Mais lorsqu’on leur demande quelles mesures concrètes prendre, beaucoup ne savent pas quoi faire.
C’est là que l’éducation assurantielle devient essentielle.
À retenir : La prévention ne consiste pas seulement à dire aux assurés de faire attention. Elle suppose de les informer, de les accompagner et de financer certaines adaptations lorsque les coûts dépassent leurs capacités.
Intelligence artificielle : un défi réglementaire autant que technologique
L’épisode aborde également l’intelligence artificielle dans l’assurance. Pour Paul Esmein, le premier chantier est celui d’une IA responsable, capable de prendre en compte la réalité des risques et des menaces.
Mais l’enjeu ne se limite pas à l’automatisation des processus. L’IA pose aussi des questions profondes sur la réglementation, la distribution et le devoir de conseil.
Paul Esmein prend un exemple très concret : que se passe-t-il si demain un assuré confie à une intelligence artificielle le soin de souscrire un contrat d’assurance à sa place ?
La réglementation actuelle du devoir de conseil repose largement sur l’idée d’un échange avec un humain : comprendre les besoins, transmettre les informations précontractuelles, vérifier la bonne compréhension du client.
Si une IA devient l’intermédiaire de fait, comment appliquer ces obligations ?
Qui doit recevoir l’information ?
Qui doit comprendre le produit ? L’assuré ? L’agent IA ? L’assureur ? Le distributeur ?
Ces questions montrent que l’innovation technologique avance souvent plus vite que le cadre réglementaire.
Et dans l’assurance, ce décalage est particulièrement sensible, car le secteur repose sur la confiance, la protection du consommateur et la stabilité juridique.
Assurance vie : un produit de long terme dans un monde court-termiste
Autre sujet abordé : l’assurance vie. Dans un contexte de volatilité économique, de débats fiscaux et d’interrogations sur le financement de l’économie, Paul Esmein rappelle une évidence parfois oubliée : l’assurance vie est un placement de long terme.
Selon lui, la durée moyenne d’un contrat d’assurance vie est d’environ treize ans. On ne peut donc pas analyser ce produit uniquement à travers les mouvements de marché du jour ou les inquiétudes conjoncturelles.
Il souligne également le rôle de l’assurance vie dans le financement de l’économie. D’après son propos dans l’épisode, environ deux tiers de l’assurance vie financent les entreprises, et près d’un quart correspond à des financements en actions. Même les investissements en dette publique contribuent au financement d’infrastructures, de services publics ou de politiques collectives.
La vision portée ici est claire : l’assurance vie ne doit pas être réduite à un simple produit patrimonial. Elle joue aussi un rôle macroéconomique.
La confiance : le vrai capital de l’assurance
Derrière les sujets techniques, l’épisode revient souvent à un thème central : la confiance.
Paul Esmein le dit clairement : les assureurs veulent être des partenaires de confiance.
Et ce rôle ne doit pas être un slogan. Il doit se traduire dans la durée, dans la relation avec les assurés, dans l’accompagnement et dans la capacité à répondre aux besoins concrets.
Ce point est essentiel car l’assurance souffre encore d’une image négative.
Beaucoup de personnes ne voient l’assurance qu’au moment de payer leur prime ou lorsqu’un sinistre est mal vécu. Mais le secteur intervient aussi dans des moments de vulnérabilité : accident, maladie, catastrophe, perte d’activité, décès, protection du patrimoine.
L’assurance est donc un métier technique, mais aussi profondément humain.
Paul Esmein insiste aussi sur l’importance du collectif. Dans son parcours, il retient la valeur de l’intelligence collective, du débat d’idées et de la confrontation constructive des points de vue. Pour lui, on se trompe moins lorsqu’on écoute des personnes qui pensent différemment.
Cette idée résonne particulièrement avec le rôle d’une fédération : trouver une position commune entre des acteurs différents, parfois concurrents, mais réunis par des enjeux collectifs.
Ce qu’il faut retenir
L’assurabilité des risques est un enjeu majeur, mais le débat doit être objectivé.
France Assureurs joue un rôle de représentation, d’expertise, de coordination et d’influence.
L’assurance française bénéficie d’un haut niveau de couverture, notamment en habitation.
Le régime Cat Nat est présenté comme un dispositif précieux à préserver.
Le changement climatique impose une mobilisation collective, au-delà des seuls assureurs.
La prévention devient centrale pour maintenir la France assurable demain.
L’intelligence artificielle pose des questions nouvelles sur le devoir de conseil et la distribution.
L’assurance vie doit être comprise comme un produit de long terme et un outil de financement de l’économie.
La confiance reste le cœur du modèle assurantiel.
L’assurance ne peut pas tout absorber seule : elle doit s’inscrire dans une réponse collective aux risques.
L’épisode avec Paul Esmein permet de mieux comprendre l’assurabilité des risques et le rôle de France Assureurs dans un secteur en pleine transformation.
Face au changement climatique, aux catastrophes naturelles, à l’intelligence artificielle et aux nouvelles attentes des assurés, l’assurance doit évoluer sans renier ses fondamentaux : mutualiser, mesurer, prévenir, accompagner.
Mais l’un des enseignements majeurs de cet échange est ailleurs : l’assurance ne peut pas être la seule réponse à tous les risques. Pour préserver un modèle durable, il faudra renforcer la prévention, objectiver les débats et construire des réponses collectives.
Retrouvez l’intégralité de cet échange dans l’épisode d’Assurance en coulisses disponible sur Spotify, Apple Podcasts, YouTube et toutes les plateformes d’écoute.
FAQ
Qu’est-ce que l’assurabilité des risques ?
L’assurabilité des risques désigne la capacité d’un risque à être couvert par un contrat d’assurance. Pour qu’un risque soit assurable, il doit pouvoir être identifié, mesuré, mutualisé et tarifé. Lorsque la fréquence ou le coût potentiel devient trop incertain ou trop élevé, la couverture peut devenir plus difficile. Dans l’épisode, Paul Esmein rappelle toutefois que certains débats sur l’inassurabilité sont parfois mal posés.
Quel est le rôle de France Assureurs ?
France Assureurs est la fédération professionnelle qui représente le secteur de l’assurance en France. Son rôle consiste à défendre les intérêts de la profession, dialoguer avec les pouvoirs publics français et européens, produire de l’expertise, contribuer au débat public et coordonner des positions collectives entre les assureurs. L’épisode montre aussi son rôle dans la pédagogie et l’objectivation des enjeux assurantiels.
Pourquoi parle-t-on de risques inassurables ?
On parle de risques inassurables lorsque certains événements deviennent difficiles à couvrir en raison de leur coût, de leur fréquence ou de leur incertitude. Cela peut concerner des risques climatiques, politiques, industriels ou cyber. Mais selon Paul Esmein, il faut éviter les raccourcis : certains problèmes présentés comme assurantiels relèvent d’abord de la prévention, de l’aménagement du territoire ou de politiques publiques.
Le changement climatique menace-t-il le modèle assurantiel ?
Le changement climatique représente un défi majeur pour le modèle assurantiel, car il peut augmenter la fréquence et l’intensité de certains sinistres. Toutefois, le modèle français dispose d’atouts, notamment un fort taux de couverture et le régime des catastrophes naturelles. Pour rester durable, il devra renforcer la prévention, l’adaptation des territoires et la culture du risque.
Qu’est-ce que le régime Cat Nat ?
Le régime Cat Nat, ou régime des catastrophes naturelles, est un dispositif français qui permet d’indemniser certains dommages causés par des événements naturels comme les inondations ou la sécheresse, lorsqu’un arrêté de catastrophe naturelle est reconnu. Dans l’épisode, Paul Esmein le présente comme un “trésor national” à préserver, car peu de pays disposent d’un système comparable.
Pourquoi la prévention est-elle centrale en assurance ?
La prévention permet de réduire la fréquence ou la gravité des sinistres. Elle est essentielle pour maintenir un modèle assurantiel durable, notamment face au changement climatique. Elle peut prendre la forme de travaux d’adaptation, de sensibilisation, de règles de construction, d’entretien d’infrastructures ou d’une meilleure culture du risque. Elle nécessite toutefois un accompagnement, surtout pour les particuliers.
L’intelligence artificielle va-t-elle transformer l’assurance ?
L’intelligence artificielle peut transformer la souscription, la gestion des sinistres, la relation client, l’analyse des risques ou encore la distribution. Mais elle pose aussi des questions réglementaires. Par exemple, si une IA souscrit demain un contrat pour un assuré, comment appliquer le devoir de conseil ? L’épisode montre que l’assurance doit réfléchir collectivement à ces nouveaux usages.
Pourquoi l’assurance vie est-elle importante pour l’économie ?
L’assurance vie est un produit de long terme qui contribue au financement de l’économie. Dans l’épisode, Paul Esmein rappelle que la durée moyenne d’un contrat est d’environ treize ans et que l’assurance vie participe au financement des entreprises, des actions et de la dette publique. Elle ne doit donc pas être analysée uniquement à travers les fluctuations de marché à court terme.
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